Trente ans après le dernier tournoi organisé en France, David Rothschild réussit le pari fou de ramener le sumo à Paris lors d’un tournoi exceptionnel qui se déroulera les 13 et 14 juin à l’AccorArena. Rencontre avec un promoteur passionné nous dévoile les coulisses de ce tour de force.
1. Le sumo est profondément ancré dans la culture japonaise. Qu'est-ce qui vous a poussé à organiser ce tournoi, trente ans après ceux de 1986 et 1995 ?
J'ai assisté au dernier tournoi, celui de 1995, organisé à l'initiative du Président Jacques Chirac. Ce fut un véritable choc pour moi, l'événement déclencheur de ma passion pour le Sumo. Puis les années ont passé, et en échangeant avec ma femme, j'ai réalisé que cette discipline réunissait mes deux grands domaines d'activité : la production de spectacles asiatiques et les arts martiaux.
J’ai donc envoyé un e-mail à la Japan Sumo Association il y a une douzaine d'années, restée sans réponse. Puis, il y a trois ans, ils m'ont recontacté via LinkedIn pour me demander si j'étais intéressé par l'organisation d'un tournoi à Paris. Des échanges en visio ont suivi, puis je me suis rendu au Japon, multipliant les allers-retours pendant un an et demi pour gagner leur confiance. En novembre 2025, j'ai obtenu le feu vert définitif, annoncé officiellement lors du tournoi de Tokyo. Au Japon, on travaille dans la durée. Ce projet est le fruit de trente années d'échanges avec le monde du sumo japonais.
2. Peut-on parler d'un véritable coup de foudre pour le sumo ?
Absolument ! J'ai toujours été attiré par la culture japonaise, admirant sa complexité et son infini beauté. Dans le sumo, ce qui m'a fasciné, c'est le contraste saisissant entre la violence du combat et la finesse extrême des rituels shinto, le sel, l'invocation des dieux. Tout est antagoniste dans ce sport : la rudesse de la discipline face à l'élégance du cérémonial, la simplicité des règles face à la complexité de l'organisation.
3. Organiser un tel événement en France, où le sumo reste méconnu, c'est un défi considérable. Quels ont été vos principaux obstacles ?
La barrière de la langue est le premier écueil. Viennent ensuite des méthodes de travail très différentes et des particularités culturelles propres à chacun de nos deux pays. Ce projet a nécessité une patience et une adaptation constantes.
4. Installer un dohyō, l'anneau sacré du sumo à Paris, implique des contraintes techniques particulières. Lesquelles ?
Les Japonais organisent leurs tournois quasi exclusivement sur leur territoire, en totale autonomie. Il existe donc très peu de documentation technique disponible, et aucun cahier des charges strict pour encadrer l'exportation de la pratique. Nous avons dû nous rendre au Japon pour étudier la construction du dohyō sur place, puis une délégation japonaise est venue en France vérifier la conformité de notre installation. Un processus long, fondé sur la confiance et l'échange.
5. Y a-t-il eu des précédents en Occident ?
Nous devions être les premiers, mais la Japan Sumo Association a finalement organisé un tournoi à Londres en octobre dernier, à la demande de la Couronne britannique. Cela dit, chaque pays représente une expérience unique et c'est véritablement repartir de zéro à chaque fois.
6. Comment expliquer l'attrait mutuel entre la France et le Japon ?
C'est une longue histoire d'amour, dont je crédite volontiers Jacques Chirac. Au Japon, le Sumo est indissociable de son image. Et plus largement, Français et Japonais partagent une fascination réciproque pour leurs cultures respectives.
7. Le sumo est porteur de rituels, de codes, d'une philosophie. Comment allez-vous faire vivre tout cela à un public parisien qui découvre peut-être ce sport pour la première fois ?
Le tournoi se déroulera en deux temps. La première partie sera culturelle et pédagogique : plusieurs tableaux permettront au public de comprendre les règles et les rituels. Une fois cette introduction posée, place au sport, avec le début des combats.
8. À quoi peut-on s'attendre sur le plan sportif ?
Une quarantaine de combats par jour, avec une première finale le samedi, une deuxième le dimanche, et une grande finale en clôture de l'événement.
9. À qui s'adresse ce tournoi ?
À tous les publics ! Fans du Japon, passionnés de sports de combat, familles, curieux… La nature exceptionnelle de l'événement attire un public très large, difficile à catégoriser à l'avance.
10. Ce type d'événement a-t-il vocation à se répéter ou à rester exceptionnel ?
Il doit rester exceptionnel car c'est précisément ce qui lui donne sa force et son caractère unique. Dans l'esprit des Japonais, l'idée est de s'exporter dans un pays différent à chaque fois, ce qui préserve la rareté et le prestige de chaque tournoi.
10 termes pour mieux comprendre le Sumo
Dohyō : L'anneau sacré. Ce cercle d'argile de 4,55 m de diamètre est le théâtre de tous les combats. Le franchir ou tomber signifie la défaite.
Rikishi : Le lutteur. Terme officiel pour désigner le combattant professionnel de sumo, dont la corpulence imposante est à la fois un atout et une marque identitaire.
Yokozuna : Le rang suprême. Plus haute distinction du sumo, accordée à vie aux lutteurs d'exception. Un titre rarissime, chargé d'une immense responsabilité symbolique.
Basho : Le tournoi. Six grands basho sont organisés chaque année au Japon. Le tournoi de Paris constitue un événement hors norme, en dehors de ce calendrier officiel.
Mawashi : Le pagne de combat. Cette ceinture de soie enroulée autour du corps est le seul équipement du lutteur - et souvent le seul point de saisie autorisé.
Tachi-aï : La charge initiale. L'affrontement commence par ce choc frontal explosif, décisif dans l'issue du combat.
Gyōji : L'arbitre. Vêtu d'un costume de cour médiéval japonais, il dirige le combat avec un éventail rituel et incarne l'héritage historique du sumo.
Shinto : La religion du sumo. Les rituels entourant chaque combat, le sel lancé, les gestes des lutteurs sont directement issus de cette religion animiste japonaise.
Banzuke : Le classement officiel. Cette hiérarchie stricte, mise à jour après chaque tournoi, détermine les adversaires, les privilèges et le statut social des lutteurs.
Heya : L'écurie. Lieu de vie et d'entraînement où les rikishi vivent ensemble sous l'autorité d'un maître, selon des règles de discipline très codifiées.




